Amour, où te puiserai-je ?

Il y avait jadis près du Pont-Neuf, un puits. D’où le nom que prit le grand magasin bien connu des parisiens : la Samaritaine. Lorsque l’on songe à la Samaritaine, on songe naturellement au magasin. On se souvient aussi de la femme de l’Évangile ; de sa rencontre avec Jésus.

Jésus ne craint pas de venir en Samarie, zone pourtant peu hospitalière : « les juifs ne fréquentent pas les Samaritains » dit la femme. Ils sont idolâtres et de plus, contrefont les coutumes et rites des juifs (ils ont un temple semblable à celui de Jérusalem, célèbrent Pâque, etc). Mais ils ont aussi cinq dieux païens (discrètement évoqués par saint Jean : les cinq maris).

Jésus n’y vient pas pour une simple rencontre, mais pour une alliance. De celle qui se noue autour d’un puits dans la Bible. Ainsi, le mariage de Jacob avec Rachel débute avec une rencontre près d’un puits. Celui d’Isaac avec Rebecca également. Celui de Moïse avec Tsippora (« le petit oiseau ») aussi. Là où il y a l’alliance est pressentie, là il y a la soif. Il y a aussi le puits. Il y a la soif d’aimer, de se donner, et de recevoir.

« Donne-moi à boire » demande Jésus à la Samaritaine.

« Si tu savais le don de Dieu » lui dit-il ensuite, « c’est toi qui m’aurais demandé à boire. Et je t’aurais donné une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle »

Ainsi l’amour établit-il une réciprocité vivante. Ainsi l’alliance établit-elle un lien stable et vivant.

Jésus vient offrir l’alliance de Dieu, la communion d’amour de Dieu qui est VIE, à ceux qui ont soif. Il leur dit d’abord, parce qu’Il nous aime en vérité en non en parole : « donne-moi à boire !». La vérité de l’amour et du mariage qui en est l’expression la plus haute, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire aujourd’hui, se trouve dans la réciprocité du don. Don de soi, de tout soi, du corps, du temps, de l’espace…

Nous faisons parfois l’expérience de l’épuisement du don. Comme s’il était consumé. Anéanti.

Comme à l’heure de midi où tout s’immobilise dans la touffeur d’une atmosphère torride.

Là se tient Jésus, au bord du puits. Et il nous dit : « j’ai soif ! ». « Donne-moi à boire ! »

Creuse ta soif, creuse ton amour, et Jésus te dira en retour : « si tu savais le don de Dieu, c’est toi qui m’aurais demandé à boire et je t’aurais donné l’eau qui jaillit en sources abondantes ».

P. Ollier