« il est menteur et père du mensonge » (Évangile selon saint Jean 8, 44)

Le diable vous tente. Vous et tous les hommes et toutes les femmes de la planète, et ce, depuis toujours. L’humanité toute entière que représente la figure d’Adam et Eve est éprouvée dans sa liberté par le « Menteur ». Jésus aussi fut tenté.

Il peut y avoir deux façons de recevoir cette épreuve diabolique.

Refuser la liberté de choix que Dieu nous donne sans laquelle rien de grand ne peut se faire. L’abandon de sa liberté, qu’il soit tacite ou secret représente un risque grave, mortel dirons-nous, mais non moins réel. Souvenez-vous de ce que disait le grand prophète du XXème siècle, Dostoïevski : « il n’y a pas pour l’homme, demeuré libre, de souci plus constant, plus cuisant que de chercher un être devant qui se prosterner. » Être libre ! Plus on prétend l’être et moins souvent on l’est. Aujourd’hui on prétend que le mal a suffisamment de pouvoir pour nous obliger, ce qui est faux et contraire à notre foi.

Deuxième voie, revendiquer cette liberté, même lorsqu’elle se trouve éprouvée. Jésus, comme chacun de nous, est tenté. Il est tenté, mais ne pèche pas, ce qui montre qu’il y a une différence entre tentations et péchés. Il nous découvre, dans la confrontation avec le Tentateur une règle fonda-mentale dans la lutte avec le Menteur : Débusquer son mensonge.

C’est moins facile qu’il n’y paraît, car il ment avec art (il a eu le temps de s’entraîner « depuis le commencement »). Il nous ment sur ce que nous avons de plus cher, ce à quoi nous sommes le plus attaché : D’abord nous-même « si tu es le fils de Dieu …» qui est l’équivalent de : « mais bien sûr que tu peux… Qui t’en empêche… ? Vas-y fais-le ! Jésus n’entre pas dans la tentation (ne nos inducas in tentationem). Humblement, il se réfère à plus grand que lui : « Dieu a dit ». La vérité contre le mensonge. Il n’y a pas d’autre règle à suivre que celle de la vérité de ce que nous sommes, des êtres fragiles et limités. Mais Dieu est fort.

La tentation porte bien sûr aussi sur l’objet convoité. Ici Jésus établit une hiérarchie entre essentiel et ce qui ne l’est pas : « l’homme ne vit pas que de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu ».

Distinguer l’indispensable du contingent, le nécessaire de l’alimentaire, le vrai du faux, tel est, avec l’humilité, l’art de ne pas entrer en tentation.

Il nous est arrivé à tous d’être abusés par une publicité vantant les mérites d’un produit, d’un lieu de villégiature. Après acquisition, on saisit la distance entre la ce que l’on croyait voir et la réalité. Et de dire après coup, tout penaud, mais trop tard : « c’était une belle tromperie ! »

P. Ollier