Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu

Cette phrase de Jésus a été prononcée dans une conjoncture polémique. Cet épisode, en effet, se comprend à la lumière de l’attitude de Judas le Galiléen, un résistant qui s’était opposé au recensement du gouverneur romain Quirinius en condamnant le paiement du tribut à César (voir Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, II, §118). On cherche donc à piéger Jésus en lui demandant s’il est légitime de payer l’impôt à l’occupant. :

1 . si Jésus interdit de payer les taxes, il sera dénoncé aux Romains comme ennemi de César

2. s’il invite à payer le fisc, il apparaîtra comme un traître à Israël et à son Dieu.
Jésus évente le piège et prend ses adversaires en flagrant délit de contra-diction. Car à sa demande, ils sortent de leurs poches la monnaie frappée de l’effigie de Tibère. À ce compte il peut leur déclarer : puisque vous possédez l’argent émis par César, rendez-le lui.

La doctrine sociale de l’Église tirera toutes les conséquences de cette maxime : si « Jésus ne conteste jamais directement les autorités de son temps il refuse le pouvoir oppresseur et despotique des chefs sur les Nations (cf. Mc 10, 42) et leur prétention de se faire appeler bienfaiteurs (cf. Lc 22, 25) » (Compendium de la doctrine sociale de l’Église n° 379).

Contrairement à ce que l’on dit trop souvent, cette maxime pose également d’une hiérarchie. À César ce qui lui revient. À Dieu ce qui lui appartient. Et qu’est-ce qui appartient à Dieu ? Écoutons-le : « la terre entière m’appartient » Livre de l’Exode 19,5.

Par cette réponse Jésus affirme la prééminence de l’autorité de Dieu sur César.

En demandant de « rendre à Dieu ce qui est à Dieu », il affirme qu’aucun César ne peut prétendre être le maître absolu des hommes, car Dieu seul peut réclamer ce qui lui appartient, le tout de l’homme. Jésus s’oppose ainsi à toute adoration du pouvoir politique, et ramène l’exercice du pouvoir à ce qu’il est : une activité humaine au service du bien commun. L’exercice du gouvernement n’est pas laissé à l’arbitraire des chefs. Ceux qui outrepassent leurs droits perdent leur autorité. Ils se soustraient ainsi à ce qui justifie leur pouvoir, et se privent du droit à l’obéissance. On peut être alors amené, en conscience, à désobéir.

La réalité politique n’est ni absolue, ni opaque à la souveraineté de Dieu. Si toute autorité mérite respect, au-dessus d’elle se trouve une autre Autorité. C’est une limite pour ceux qui voudraient se comporter en maîtres absolus. Leur pouvoir ne leur appartient pas, c’est un pouvoir délégué. Et si un culte doit être rendu, c’est à Dieu seul.
Aucun pouvoir ne peut donc être sacralisé. Il faut savoir dire « non » à tout César quand il réclame ce qui appartient à Dieu.

P. Ollier