A toute chose son temps, à tout ce qui existe, sous le ciel et sur la terre, son heure

« A toute chose son temps, à tout ce qui existe, sous le ciel et sur la terre, son heure.
Une heure pour naître et une heure pour finir,
Une heure pour planter, et une heure pour arracher…
Une heure pour détruire et une heure pour construire.
Une heure pour pleurer, et une pour rire.
Une heure pour gémir, et une pour danser.
Une heure pour ôter les pierres, et une pour les amasser.
Une heure pour s’étreindre, et une pour s’abstenir…
Une heure pour se taire, et une pour parler.
Une pour aimer, et une pour s’en dispenser.
Une heure pour faire la guerre, et une heure pour faire la paix. » (Livre de l’Ecclésiaste 3)

La Bible, plus que tout autre littérature antique, présente cette particularité de considérer le temps non comme une contrainte qui se traduit souvent dans la vie ordinaire comme un manque, mais comme une bénédiction. Cette heureuse vision s’inaugure dans les premières pages de la Bible par le leitmotiv bien connu qui rythme la création : « Il y eut un soir, il y eut un matin… » (Genèse 1).

La bénédiction du temps trouve d’autant plus de pertinence de nos jours que le temps semble se précipiter. L’accélération est probablement le marqueur anthropologique de ce siècle : accélération technique (transports, communication), accélération des changements sociaux (styles de vie, structures familiales, affiliations politiques et religieuses). Nous ne nous situons plus dans un temps long, mais court, et même ultra-court.

La parabole des vierges sages et des vierges folles nous offre une réflexion sur l’usage du temps et sa fin. Il y a un temps pour tout. Et il y a un temps pour qu’il n’y ait plus de temps, nous dit la parabole. Le temps disparaîtra. C’est la leçon indéniable de la parabole. Il faut savoir profiter, bâtir le temps. Mais vient un moment où celui-ci n’est plus. Alors on ne peut plus rien faire. D’où l’importance d’avoir su se préparer.

Dans la doctrine de l’Église, cette parabole trouve un écho dans la réflexion sur ce que l’on appelle le jugement personnel. À notre mort, c’est sur ce que nous aurons fait ou non que nous serons jugés. Nous ne bénéficierons pas d’une sorte de rémission temporelle (ou d’un flash) pour nous reprendre ou nous retourner. D’où la conclusion de la parabole qui nous scandalise. Les vierges sages ne prêtent pas d’huile aux folles. Car il n’est plus temps, ou plus exactement, il n’y a plus de temps pour le faire.

Que la bénédiction du temps, que l’on peut apprécier par un certain art de vivre, nous permette de nous préparer à rencontrer notre Seigneur et juge. Que la bénédiction du temps nous donne en particulier l’occasion d’introduire -ce qui est le propre d’une humanité en voie de progression- « le sacré dans nos travaux et dans nos jours » (Les bâtisseurs du temps, A. Heschel).

P. Ollier