Témoins

Jean le Baptiste a rendu témoignage à Celui qui venait dans la chair. Le temps de l’Avent nous rappelle que nous sommes, à notre tour témoins de Celui qui vient dans la gloire.

Or cette tâche n’est pas simple. Nous sommes parfois tentés de nous y dérober. Serons-nous à la hauteur, nous écoutera-t-on ? Et si l’on nous conteste, aurons-nous la puissance de convaincre ? La contemplation du Précurseur contribue à nous redonner courage.

Le début de l’Évangile insiste sur le fait que Jean Baptiste n’était pas la Lumière. Il Lui rend témoignage tout en sachant qu’il ne L’est pas. Cela manifeste une certaine audace. Il est prêt à être contesté sur ce point. Et, de fait, cela ne manque pas : on l’interroge « Es-tu le Messie, Élie, le grand Prophète ? » Autrement dit, quelle est la légitimité de ta prise de parole ? En quoi ton identité te permet-elle d’interpeller ainsi ?

A cette interrogation Jean répond avec une grande humilité et le texte le souligne : « il confessa, il ne nia pas, il confessa : ‘Je ne suis pas le Christ’ ». Il repousse la tentation d’occuper cette place qu’on serait prêt à lui donner. Il y avait, dans le peuple alors, une vraie attente, un peu fiévreuse, d’une figure nouvelle. Il ne se substituera pas à celui qu’il n’est pas. Il accepte d’être, en quelque sorte, décevant par rapport à l’aspiration de ceux qui le questionnent. Il ne fait pas de signes extraordinaires, aucun miracle. Il n’est qu‘ « une voix qui crie dans le désert. »

Pourtant, il ne se laisse pas détourner par ceux qui lui reprochent d’agir, de baptiser. S’il n’est pas lui-même la Lumière il n’a pas été envoyé pour rien. Dans sa faiblesse et sa pauvreté réelles, il n’est pas digne de délier la courroie de la sandale de Celui qui vient, mais il a été choisi pour le manifester au monde : « Il vient derrière moi ».

À l’école de saint Jean Baptiste, puissions-nous prendre pleinement au sérieux le sacrement de notre Confirmation qui fait de nous les envoyés de Dieu jusqu’aux extrémités de la terre parisienne. Puissions-nous entrer dans cette confiance audacieuse et émerveillée : Dieu a voulu se laisser annoncer par nous, même en
notre petitesse.

Avec sa grâce, ne nous dérobons pas.

Père G. Würz