« Je sais qui tu es »

Alors que les juifs rassemblés dans la synagogue de Capharnaüm ne découvrirent que l’un d’entre eux était possédé qu’au moment où Jésus chassa le démon, le lecteur de saint Marc a été prévenu de son état dès avant son éclat de voix. Cela n’est pas anodin : l’évangéliste a voulu que nous puissions être sur nos gardes au moment de l’entendre. En effet, la parole des esprits impurs est toujours plus venimeuse qu’elle n’y paraît.

« Qu’y a-t-il de toi à nous, Jésus de Nazareth, es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ». Cette exclamation semble le cri dépité d’un démon, incapable de se dissimuler plus longtemps face au Verbe fait chair. Mais pour ceux qui ignorent encore la présence diabolique, elle jette le trouble : ce « nous » apparaît désigner les membres de l’assemblée. Ce Jésus serait une menace, quelqu’un dont il faut se méfier.

Le Messie ne s’appuie aucunement sur cette parole, pas même l’affirmation qu’il est le Saint de Dieu. Au contraire de l’homme et de la femme au jardin de la Genèse, il fait taire le démon. En effet, la science de l’esprit impur est stérile : elle n’apporte aucune adhésion, aucune communion, mais déverse bien plutôt des entraves.

Cet épisode est pour nous l’occasion d’une réflexion sur notre con-naissance du Christ. Allons-nous prétendre, en cette année de lecture de l’évangile selon saint Marc, savoir déjà qui est Jésus ou en savoir bien assez ? Jugerons-nous la radicalité de son appel à la conversion comme une bonne nouvelle ou une tentative de nous perdre parce qu’il boule-verse nos habitudes ?

La nouveauté et la puissance de son enseignement qui étonnèrent les habitants de Capharnaüm ne se sont pas émoussées avec les siècles. La parole de Dieu est toujours source de vie et lumière pour l’esprit. Le prêtre qui embrasse l’évangile après sa proclamation prie à voix basse : « Que cet Évangile efface nos péchés », qu’il efface plus particulièrement celui de penser n’avoir plus rien à découvrir du Christ.

Père G. Würz