Semaine du 4 février 2018

En trois temps, je vous livre ici un secret de lecture. On peut lire, en effet, l’évangile, de façon habituelle, en trois temps : 1. le silex de l’évangile, 2. L’étincelle qui jaillit du silex frotté à notre vie, 3. l’attitude chrétienne qui en découle.

Relever le silex ? Ici, une précision géographique. L’évangéliste Marc nous redit (il l’a fait la semaine dernière déjà) que Jésus s’est rendu à Capharnaüm. Ville frontière entre le monde juif et le monde païen à l’époque de Jésus. Ville de commerce et de douane. Une étape importante sur l’un des deux axes principaux qui permettent de parcourir l’ensemble du croissant fertile. La « Via maris », la voie de la mer, qui reliait Memphis en Égypte au golfe persique en passant par Césarée Maritime, Damas, Assur, Babylone. L’autre voie est la « Via Regis ». Elle est munie d’une garnison (la fille d’un centurion en place y est guérie par Jésus). C’est aussi un village de pêcheurs. Ville de résidence et d’emploi de Simon et André. Jésus est sorti de son village ignoré (dixit Nathanaël son disciple) qu’est Nazareth pour s’installer dans l’un des principaux points de passages des armées, des commerçants en Terre Sainte… Au carrefour de tous les courants, de toutes les langues, de toutes les sensibilités. Jésus ne s’est pas terré. Il a parlé là où il avait le maximum de chance de se faire entendre.

L’étincelle ? Une personne m’a rendu visite il y a peu, manifestant son étonne-ment d’avoir vu se présenter, à l’entrée de l’église, pour un Te Deum, des professeurs de la faculté de droit en robe (c’est le terme retenu me semble-t-il) et jabot. Et voici sa réflexion. Comment est-ce possible dans une république laïque ? Il n’y avait pas de malice dans son propos, mais une interrogation suscitée probablement par un bombardement médiatique et politique pour nous faire accroire… que notre république est athée. La république est laïque, c’est-à-dire qu’elle garantit, entre autres, l’exercice libre des cultes et la liberté religieuse des citoyens. Nous pouvons donc parler, affirmer notre foi, dans le respect bien sûr des convictions de chacun. Nous ne sommes pas condamnés à nous taire et personne, je dis bien personne en France ne peut le contester. Aujourd’hui du moins. Nous avons processionné dans les rues de Paris, dernièrement, sans anicroche. Trois chapelles sont présentes au sein de trois lycées publics proches de la paroisse. Un aumônier exerce son ministère spirituel à Normal Sup. … Ne nous laissons pas bercer par cette aigre musique qui nous dénie le droit de parler.

Qu’en résulte-t-il ? Eh bien, parlons sans crainte ! Et si l’on nous reproche de le faire, disons tout simplement que nous en avons le droit, dans le « Capharnaüm » de nos jours.

P. Ollier