La Vigne du Messie

L’on voit sur un des vitraux du cloître de Saint-Étienne-du-Mont une magni-
fique grappe de raisin avec la mention « Botrus cypri » Vous en voyez une re-
présentation en noir et blanc ci-dessous.
C’est une citation du Cantique des Cantiques : « Botrus cypri dilectus meus
mihi in vineis Engaddi » (1, 14). La traduction est de saint Jérôme conservée
dans la Nova Vulgata. Mais pour retrouver le sens du texte original, il faut re-
venir à l’hébreu. Jérôme a vocalisé K/P/R comme Chypre. C’est une erreur. Le
mot hébreu signifie en fait henné, camphre (Lawsonia alba), dont on connaît
le parfum très prononcé. Il pousse en abondance à Ein Gedi, lieu de villégia-
ture de Salomon au bord de la mer morte, où il aurait écrit le Cantique des
Cantiques. On traduira plus sûrement :« Mon bien aimé est un bouquet de
henné dans les vignes d’Ein Gedi ». Mais pourquoi comparer le bien-aimé à
un bouquet parfumé ?
Le Bien Aimé du Cantique des Cantiques, c’est le Messie, l’oint du Seigneur.
Le mot Messie en hébreu ou Christ en grec, veut dire : le Parfumé, c’est-à-
dire, celui qui est agréable à Dieu. Ce n’est pas tant l’huile, qui sert à fixer le
parfum qui compte. Mais le parfum même et sa signification. Il est le signe de
l’amabilité dans l’Ancien Testament, comme dans le Nouveau. On en voit de
nombreux exemples dans la Bible. David reçoit l’onction parfumée, Aaron, le
Grand-Prêtre, Jésus lui-même, avant sa passion, des mains d’une femme, Ma-
rie, sœur de Lazare, le remarque-t-on suffisamment. Comme Jésus reçoit
l’onction du parfum, ainsi, vous aussi, au jour de votre baptême, où, après
avoir été plongés dans les eaux du salut, vous êtes ressortis semblables au
Christ, un autre Christ, et avez reçu le signe de cette transfiguration, sur votre
tête : l’onction du saint Chrême, du parfum très saint.