Annonce d’un jugement

Le texte du prophète Isaïe que nous écoutons ce dimanche annonce un jugement. Celui de l’Évangile également.

Isaïe, donne une vision idéale d’un monde transformé, où « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau». Le prophète annonce un royaume de justice et de paix. Le terme de cette vision n’est atteint que par le moyen d’un jugement préalable : le descendant de Jessé, père de David, « jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. Comme un bâton, sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant. »

Jean Baptiste évoque aussi un jugement à l’issue de sa diatribe assez violente contre ceux qui se targuent d’être les enfants d’Abraham : « celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ; il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. »

À l’écoute de ces paroles notre cœur pourrait être indisposé. La perspective d’un jugement nous fait peur et nous dérange. Sans doute faut-il interroger précisément les textes qui nous sont donnés à entendre pour saisir la véritable portée de ce jugement annoncé.

Que nous soyons jugés, cela ne fait aucun doute. Le Seigneur nous en avertit, les prophètes avant lui le prévoyaient. Mais ce jugement est celui du Juge qui connaît les cœurs : « Le cœur de l’homme est compliqué et malade ! Qui peut le connaître ? Moi, le Seigneur, qui pénètre les cœurs et qui scrute les reins» Livre de Jérémie, 17,9-10.

Comment devrions-nous craindre notre juge, puisqu’il se fait notre avocat ? Ne s’est-il pas fait pas tout au long de sa vie et dans sa mort rédemptrice notre avocat ? N’est-il pas pour nous un appui, un bouclier ? Ne craignons donc pas celui qui juge avec justice, mieux, selon sa justice. Celle qui justifie le pécheur. Celle qui reconnaît l’innocent. Celle enfin qui accorde le pardon et l’absolution. Le feu promis par le Baptiste est celui de l’Esprit Saint qui purifie les cœurs et les consciences.

Nous le voyons donc, notre jugement est déjà rendu dans le mystère de l’Incarnation. Dans la place qu’a voulu occuper pour nous le Christ rédempteur : la dernière place, celle du pécheur, qu’il a prise pour nous.

Allons d’un cœur vaillant au-devant de ce juge qui nous apparaîtra, au soir de Noël, dans le visage avenant d’un nouveau-né : Dieu qui vient à nous, pauvre et nu. Dieu qui se fait notre prochain, comme l’annonce le Baptiste : « Proche est le Royaume de Dieu ». Pour entrer dans cette proximité de Dieu, nous en savons le chemin. Être pauvre de cœur. Reconnaître nos fautes et nous confier à Celui qui connaît les cœurs et pardonne.

P. Ollier