« Et ne nous laisse pas entrer en tentation »

Telle est la nouvelle traduction liturgique du « Notre Père » qui entrera bientôt en application dans la récitation publique.

Comment comprendre cette demande que nous faisons quotidiennement ? Dieu peut-il être la cause, même indirecte, de notre péché ? Non, Dieu ne tente personne (Épître de saint Jacques 1,13). « Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l’entraîne et le séduit » (ibid.)

Mais Dieu donne sa grâce à qui est tenté : « Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter. » (1ère Épître aux Corinthiens 10,13)

Nous demandons donc, dans l’oraison dominicale, non pas d’être soustraits à la tentation, mais de ne pas y entrer.

Et les moyens de ne pas y entrer, le Christ Jésus, récapitulant en lui toutes les tentations auxquelles les hommes sont confrontés, nous les manifeste en cet évangile du 1er dimanche de carême.

La tentation de la maîtrise. L’homme ne vit pas que de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Cette « parole », comprenons-le, c’est l’aide de Dieu. Car il nous dit : « ma grâce te suffit !». Ne compte pas tant sur toi, ou sur ce qui te nourrit, ou sur une quelconque nourriture qui pourrait paraître apaisante. Mais dis : « j’accepte de m’en remettre à Dieu ». « J’accepte de me laisser nourrir par la puissance de sa grâce ». Dieu peut nous rassasier, mieux que quiconque. Le laissons-nous maître de nos vies ?
La tentation du suicide. Car telle est la tentation du Christ au sommet du temple. Elle s’emboîte avec la précédente en cela qu’après avoir refusé de laisser Dieu être maître de nos vies, nous nous faisons maîtres de nous-mêmes. Jusqu’à nous priver de la vie. Celle que nous avons reçue comme un bien admirable, fragile certes, mais unique. « Tu ne mettras pas le Seigneur Dieu à l’épreuve ». C’est la réponse de Jésus au tentateur. Tu ne feras rien qui puisse laisser entendre que tu es maître de toi-même ou de ta vie, depuis le commencement jusqu’à sa fin naturelle. Avons-nous une prétention de toute-puissance sur nos vies ?

La tentation de l’apostasie. Ne plus mettre sa foi dans le Seigneur ou le confondre avec ce qu’il n’est pas (des royaumes et leur gloire). C’est la suprême confusion du coeur et de l’esprit. La négation de Dieu. L’athéisme pratique. Il n’est aucun Dieu, sinon des simulacres ! Jésus répond à la tentation par ces simples paroles : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et lui seul tu serviras ». Parole de Sagesse. Il n’est pas de dieu hors Dieu. Car il n’en est pas d’autre qui se soit manifesté comme il l’a fait. Nous le voyons nous le dire, inlassablement, sur la croix, lieu de sa manifestation plénière. C’est là qu’il a signé son Nom de son sang : « Dieu est amour ». Le laisserons-nous nous le murmurer en ce temps de grâce ?

Père Jacques OLLIER