Dieu en sa proximité

À quoi reconnaissons-nous la proximité de Dieu ? C’est la traduction moderne que nous pourrions donner à la question de Jésus : à quoi peut-on comparer le règne de Dieu ? Le règne de Dieu, périphrase habituelle dans la bouche des évangélistes pour signifier la présence de Dieu, et sa proximité  avec l’humanité.

A quoi donc comparer cette douce présence ?

A une terre. Ensemencée. A peine travaillée. Qui donne du fruit, que l’homme soit éveillé ou qu’il dorme. Puis vient le temps de la moisson. Alors il faut porter la faucille.

Que tirer de cette comparaison en forme d’énigme ?

En nous tournant vers un principe chrétien fondamental, bien souvent oublié et contre lequel s’est dressé au cours des temps une foultitude d’opposants. C’est le principe de la priorité de Dieu.

Remarquez dans la parabole, que le semeur travaille bien peu. L’insistance est mise par l’évangéliste sur le fait que la terre produise automatiquement (aὐτομάτη écrit l’évangéliste). Cette terre, pour nous, c’est Dieu même. Qui  travaille pour nous, avant même que nous ayons entrepris quoi que soit.

Dans l’histoire de l’église, l’opposition à cette doctrine traditionnelle de la grâce a pris un nom : le pélagianisme. Cette doctrine, professée au IVe siècle  par Pélage et ses partisans, accentue au détriment de la grâce divine la puissance du libre arbitre de l’homme, le pélagianisme est la première en date des  hérésies de l’Occident chrétien ; il prône une certaine autonomie de la personne humaine jugée indispensable à son épanouissement, et une conception  contractuelle de la relation à Dieu qui préserve apparemment, la liberté de l’homme. Ce qui n’est pas le sens de la vérité chrétienne telle qu’elle se présente dans l’ensemble du Nouveau Testament et la doctrine séculaire de l’Église.

Dieu est premier. Avant même que nous engagions notre liberté, Dieu, comme notre créateur, en est la garantie. Il est en effet notre aujourd’hui.

C’est de Lui que nous tirons la croissance et l’être. Admettre cela, admettre dans nos vies l’antériorité de Dieu en toutes choses, sa bonté pour nous, c’est être vraiment chrétien, sans crainte de Dieu qui nous aime et ne déçoit pas.

Disons donc avec saint Augustin : « donne ce que tu commandes, Seigneur, donne ta grâce, et commande ce que tu veux » P. Ollier