Editorial de l’été

Il y a un lieu particulier de la Bible dans lequel se voit cette expérimentation intégrale de Dieu en nos vies chahutées : ce sont les Psaumes. Un de mes maîtres, le Père Jacques Fontaine, disait : « les psaumes, c’est toute la Bible sous forme de prières. Et quand on a fait le joint entre son existence et l’histoire sainte, on s’approprie le langage des Psaumes. Avec David, [l’auteur des Psaumes] on prie ! Et on ne prie pas seulement quand on peut prendre la position parfaite, mais dans toutes les circonstances de l’existence telle qu’elle se présente. Et au lieu de se cacher dans les arbres du jardin telle que l’humanité en son commencement, David, au contraire, laisse son être tout entier, être interpellé par Dieu. Il laisse la lumière de Dieu balayer le fond de son cœur. Et dans une repentance véritable qui est bien autre chose que la culpabilité morbide, il rebondit dans l’existence. » (La Bible sur le Terrain, jour 2).
Dieu est présent à notre histoire, à toute notre histoire, oserais-je dire à toutes nos histoires. Il ne s’en lave pas les mains et il va jusqu’au bout de l’aventure.

La pédagogie divine, dont nous suivons les lois, demande qu’on aille chercher les choses « au commencement », qu’on aille ramasser notre être dans ses virtualités originelles. C’est ce que nous propose le Psaume 8. Un regard sur l’homme et sur toutes choses devant lui. Méditons ce psaume et reconnaissons-nous-y comme en un miroir :

« Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu’aux cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l’adversaire, où l’ennemi se brise en sa révolte.
A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur ; tu l’établis sur
les oeuvres de tes mains, tu mets toute chose à ses pieds : les troupeaux de bœufs et de brebis, et même les bêtes sauvages, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tout ce qui va son chemin dans les eaux. (l’homme sommet de la création. Dieu, par amour
pour lui, s’est uni à lui et à nul autre) O Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! »
Dieu est au commencement, il est aussi dans nos étapes. C’est toute la pédagogie divine de l’Ancien Testament. Une des premières hérésies de l’histoire de l’Église, c’est le « marcionisme ». Un certain Marcion, au 2ème siècle, a prétendu non seulement supprimer l’Ancien Testament, mais supprimer du Nouveau Testament toutes les allusions à l’Ancien Testament. Unanimement l’Église s’est levée pour condamner ce marcionisme. En fait, nous sommes tous, plus ou moins, marcionites. Nous dénions à Dieu la possibilité d’entrer dans notre histoire. Mais de quel droit ? Relire l’Ancien Testament et en particulier les Psaumes nous permet de retrouver les étapes de notre aventure avec Dieu. Parfois nous
avons manqué une marche. Nous pouvons retrouver l’équilibre en reprenant l’ascension là où nous l’avions abandonnée.

Là encore David nous est précieux. Méditons le Psaume 50, dit Miserere, que chanta David après qu’il soit allé vers Bethsabée et qu’il ait fait mourir son mari

« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande misé ricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi… Mais tu veux au fond de moi la vérité ; dans le secret, tu m’apprends la sagesse.

Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur ; lave-main et je serai blanc, plus que la neige. Rends moi la joie d’être sauvé.
Raffermis au fond de moi mon esprit. »

Dieu est au commencement, à toutes nos étapes, il est aussi notre dernier mot, comme nous sommes son dernier mot. L’amour seul nous le dit. Nous voir en cette fin nous permet de mieux appréhender nos commencements et les étapes qui nous acheminent vers cette fin.
Cette fin, c’est ce que nous appelons dans notre langage chrétien, le salut. La délivrance. une délivrance qui s’aligne avec les grandes délivrances que le peuple de Dieu a expérimentées au cours de son histoire, grâce à Dieu qui possède les issues de la mort !
C’est ce que nous pouvons méditer dans le Psaume 45

« Avec nous, le Seigneur Sabaot, citadelle pour nous, le Dieu de Jacob !
Tu es pour nous refuge et force, secours dans l’angoisse toujours offert.
Aussi ne craindrons-nous pas si la terre est changée,
si les montagnes chancellent au cœur des mers,
lorsque mugissent et bouillonnent leurs eaux
et que tremblent les montagnes à leur soulèvement. »
Cette délivrance s’inscrit comme « langage de délivrance » qui va trouver sa perfection au temps de Jésus qui nous libérera définitivement des aliénations fondamentales dont nous sommes victimes : le péché et la mort.

Le Psaume 45 poursuit

« Contemplez les hauts faits de Dieu, lui qui remplit la terre de stupeurs.
Il met fin aux guerres jusqu’au bout de la terre ; l’arc, il l’a rompu, la lance, il l’a brisée, il a brûlé les boucliers au feu.
“Arrêtez, connaissez que moi je suis Dieu, exalté sur les peuples, exalté sur la terre !”
Avec nous, le Seigneur Sabaot !
« Arrêtez, connaissez que moi je suis Dieu » !
La vulgate de saint Jérôme traduit :
« Vacate et videte quoniam ego sum Deus » que l’on rend en français par :
Prenez un peu de vacances et puis faites un peu comme si j’existais ! Prenons des va-
cances et faisons comme si Dieu existait.

P. Ollier

Naissance de Saint Jean-Baptiste, naissance d’une mission !

Jean-Baptiste est le seul parmi les Saints dont la nativité est fêtée solennellement comme celle de Jésus et de Marie. Il est le point de croisement entre la première et la deuxième alliance.
C’est lui qui a tressailli d’allégresse dans le sein de sa mère à la visitation de Marie et Joseph au couple Elisabeth et Zacharie ; Zacharie dont le nom signifie « Dieu se souvient !». Il a désigné et montré Jésus à ses disciples : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », que nous accueillons et contemplons, nous aussi, à chacune de nos Eucharisties. Ce que vont revivre, d’une façon toute particulière, tous ces jeunes prêtres et diacres ordonnés ces jours-ci pour le compte de notre église locale.

Jean-Baptiste est aussi celui qui invitait les foules : à préparer les chemins du Seigneur ; à lui laisser toute la place qui convient : « Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. » En ce moment où nous faisons le bilan d’une année écoulée juste avant les vacances, nous pouvons nous demander : où en sommes-nous dans notre réponse à l’appel reçu à suivre, dans la joie et la confiance, l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde? Comment avons-nous essayé de rendre compte et de transmettre l’espérance qui nous habite ? Comment nous sommes-nous adaptés aux di-
vers événements, sans nostalgie d’un passé révolu ?

Comment nous sommes-nous mobilisés pour préparer les chemins du Seigneur ? Vastes chantiers auxquels les prêtres que Dieu nous envoie, s’évertuent à nous mobiliser ?

C’est ce que j’ai essayé, moi aussi, d’accomplir pendant les quelques huit années de présence chez vous sur cette paroisse. Au moment de changer de rive pour poursuivre la mission, je déroule mes souvenirs et ils sont tous, pour une grande part, des actions de grâces. Je dis donc merci à Dieu, aux prêtres qui m’ont parfaitement intégré dans leur équipe et à vous tous, paroissiens de Saint-Étienne-du-Mont et, aussi, je me confie à la bienveillante miséricorde de Dieu et de chacun de vous.
Jean-Baptiste, homme du désert peut nous aider à prendre du recul pour percevoir l’essentiel de notre vocation et aussi, dans un esprit chaque fois renouvelé, de notre mission. Le Seigneur compte sur nous. Vivons davantage son appel dans cette confiance exprimée par le psalmiste : « C’est toi, Seigneur, qui as créé mes reins, tu m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis. » (Ps 138, 13-14).

P. Anatole DEDEGBE

Dieu en sa proximité

À quoi reconnaissons-nous la proximité de Dieu ? C’est la traduction moderne que nous pourrions donner à la question de Jésus : à quoi peut-on comparer le règne de Dieu ? Le règne de Dieu, périphrase habituelle dans la bouche des évangélistes pour signifier la présence de Dieu, et sa proximité  avec l’humanité.

A quoi donc comparer cette douce présence ?

A une terre. Ensemencée. A peine travaillée. Qui donne du fruit, que l’homme soit éveillé ou qu’il dorme. Puis vient le temps de la moisson. Alors il faut porter la faucille.

Que tirer de cette comparaison en forme d’énigme ?

En nous tournant vers un principe chrétien fondamental, bien souvent oublié et contre lequel s’est dressé au cours des temps une foultitude d’opposants. C’est le principe de la priorité de Dieu.

Remarquez dans la parabole, que le semeur travaille bien peu. L’insistance est mise par l’évangéliste sur le fait que la terre produise automatiquement (aὐτομάτη écrit l’évangéliste). Cette terre, pour nous, c’est Dieu même. Qui  travaille pour nous, avant même que nous ayons entrepris quoi que soit.

Dans l’histoire de l’église, l’opposition à cette doctrine traditionnelle de la grâce a pris un nom : le pélagianisme. Cette doctrine, professée au IVe siècle  par Pélage et ses partisans, accentue au détriment de la grâce divine la puissance du libre arbitre de l’homme, le pélagianisme est la première en date des  hérésies de l’Occident chrétien ; il prône une certaine autonomie de la personne humaine jugée indispensable à son épanouissement, et une conception  contractuelle de la relation à Dieu qui préserve apparemment, la liberté de l’homme. Ce qui n’est pas le sens de la vérité chrétienne telle qu’elle se présente dans l’ensemble du Nouveau Testament et la doctrine séculaire de l’Église.

Dieu est premier. Avant même que nous engagions notre liberté, Dieu, comme notre créateur, en est la garantie. Il est en effet notre aujourd’hui.

C’est de Lui que nous tirons la croissance et l’être. Admettre cela, admettre dans nos vies l’antériorité de Dieu en toutes choses, sa bonté pour nous, c’est être vraiment chrétien, sans crainte de Dieu qui nous aime et ne déçoit pas.

Disons donc avec saint Augustin : « donne ce que tu commandes, Seigneur, donne ta grâce, et commande ce que tu veux » P. Ollier

« L’évangile de Marc est déroutant…

Bien que choisis par Jésus et ayant tout laissé pour le suivre, les disciples ne sont pas présentés sous leur meilleur jour : plus le récit avance, plus leur inintelligence, leurs peurs, leurs manques de foi et leurs faiblesses sont mis en lumière. Au moment de l’arrestation de Jésus, ils l’abandonnent tous et s’enfuient. Dans la cour du Grand Prêtre, Pierre le renie.

Si la prédication de Jésus a pour thème principal la proximité du Règne de Dieu, si son enseignement manifeste son autorité, il doit faire face non seulement à l’incompréhension des disciples mais à l’hostilité et au rejet des autorités juives. L’itinéraire de Jésus qui prédit la venue du Fils de l’homme dans la gloire à la fin des temps passe paradoxalement par la souffrance et la mort.
Sur la croix, abandonné des siens, moqué par tous, Jésus se dit abandonné même de Dieu (Mc 15, 34) ! Pourtant, n’est-il pas le ” Fils bien-aimé ” ? Confessé comme ” Christ ” par Pierre au terme d’une première prédication en Galilée et en Décapole (8, 29), c’est par un païen, au pied de la croix, qu’il est reconnu dans sa vérité de ” Fils de Dieu ” (15, 39).

La dernière page qui raconte l’annonce pascale n’est pas la moins déconcertante par sa manière abrupte de clore le récit : les femmes s’enfuient du tombeau et ne disent rien ” car elles avaient peur ” (16, 8).
Du point vue de la forme, le récit se présente comme une succession rapide et hachée de petites unités ce qui a pour effet de dérouter le lecteur comme aussi bien de le tenir en haleine.
Un tel évangile ne peut laisser son lecteur indifférent. Il le provoque à s’interroger sur sa confession de foi. En même temps, il le rejoint dans ses peurs et ses incompréhensions devant le mystère de l’identité de Jésus. Invité à devenir disciple, le lecteur est confronté au portrait du disciple dessiné par Marc. Dans la mesure où il s’identifie à ce portrait, il est obligé, d’un côté, à une certaine lucidité sur lui-même et, de l’autre, il est encouragé à la fidélité :

Jésus appelle des êtres limités et fragiles et, malgré leurs défaillances, il conti-
nue de leur faire confiance. Un échec dans la ” suivance ” n’est jamais définitif. La figure de Pierre, est, de ce point de vue, exemplaire depuis l’appel initial (1,
16) jusqu’au message de résurrection qui lui est transmis (16, 7). »

© Philippe Léonard, SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 133 (septembre 2005)
“Evangile de Jésus Christ selon saint Marc”, p. 4-6.

Dans le dynamisme spirituel de l’Esprit Saint

L’Esprit Saint que reçoivent ce dimanche les enfants, les jeunes et les adultes de la paroisse, est au commencement de toute œuvre bonne.
Il est au commencement de la création : l’Esprit plane sur les eaux primordiales et les rend aptes à porter la vie.
Il est au commencement des vocations des prophètes dans l’Ancien Testament. Il consacre les rois au début de leur règne (parfois indigne).
Il est au commencement de la vie de Dieu en l’humanité, lorsqu’à Nazareth la puissance de l’Esprit rend Marie, Mère de Dieu en la terre.
Il est au commencement de son ministère public, lorsqu’il sort des eaux du Jourdain et que l’Esprit descend sur lui comme il planait au-dessus des eaux de la création. Il est au commencement de l’Église, au jour de la Pentecôte.
Il est au commencement de notre vie humaine, selon la manière dont les chrétiens envisagent l’humanité, corps, âme, esprit. C’est cet esprit en nous ou qui est nous à qui parle l’Esprit de Dieu. Nous sommes capables d’entendre Dieu parce que nous sommes spirituels par naissance.
Il est au commencement de notre vie chrétienne, dans le baptême.
Il est au commencement de notre maturité chrétienne dans le sacrement de la confirmation par lequel nous devenons pleinement chrétiens (il faut être confirmé pour pouvoir se marier, être parrain ou marraine de baptême, pour recevoir le sacrement des malades).
Il est au commencement de la consécration du pain et du vin à la messe, lorsque nous évoquons sur eux la puissance de l’Esprit :
« Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit ; qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur » disent les célébrants dans la prière eucharistique.
Cette épiclèse manifeste la primauté de l’action divine dans la liturgie. Sans son opération sanctifiante la parole des prêtres et celle de la communauté ne sauraient aboutir, ni actualiser vraiment l’Alliance Nouvelle et le sacrifice du Christ. Au-delà de l’acte central de l’Eucharistie, c’est tout acte liturgique qui exige la primauté de l’agir divin de l’Esprit, tel qu’il est exercé par les prêtres.
C’est tout acte bon des chrétiens qui trouve aussi son origine dans le dynamisme spirituel de l’Esprit Saint.
A chacun de nos commencements, au début de nos journées, au début de nos entreprises habituelles ou extraordinaires, au tournant de nos vies, demandons à l’Esprit Saint de venir nous porter au-delà de nous-mêmes, dans un amour d’offrande toujours plus grand.
P. Jacques Ollier

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit

Au cours de votre vie chrétienne, combien de fois vous êtes vous signés
du signe de la croix, prononçant secrètement les paroles de notre confession
de foi : « Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit ». Il n’est nul besoin que
l’on nous instruise sur ces trois. Vous les connaissez intimement, parce qu’ils
sont avec vous depuis que vous avez été baptisés. Ils sont vôtres, ils veillent
en vous et sur vous, comme une sainte protection, un gardien fidèle, à travers
vos joies et vos larmes parfois.
Des trois, le plus secret est l’Esprit Saint. Il ne se fait connaître que dans
l’action. Il est puissance spirituelle qui entraîne, pousse en avant, dynamise et
console. Toutes ses qualités lui sont attribuées dans la Bible, depuis le début
de la Genèse, où l’Esprit plane sur les eaux primordiales et leur permet de
donner vie. Le même Esprit anime bien des prophètes, des rois, des prêtres
du Temple et les conduit dans l’espérance de plus grands biens, comme vous
l’entendez dans le livre du prophète Ézéchiel : « Je mettrai en vous mon es-
prit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous sau-
rez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai » Ezéchiel 37,14. Il est puis-
sance de vie aussi en la Vierge Marie : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la
puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui
va naître sera saint, Il sera appelé Fils de Dieu ». Sur les eaux du baptême de
Jésus, c’est l’Esprit Saint qui plane et consacre Jésus dans sa mission. L’Esprit
ouvre les oreilles, délie les langues, console les affligés…
Vous le connaissez lorsque vous le laissez agir en vous.
Aussi, priez avec ferveur pour qu’Il vienne :
« Viens Esprit Saint Créateur,
visite l’âme de tes fidèles,
et remplis de la grâce céleste
les cœurs que tu as créés »

(Veni Creator, hymne du IX siècle)
Chaque matin, comme au matin de la création, que l’Esprit de Dieu
vienne sur vous. Qu’Il sanctifie tout votre être, vos pensées, vos actions, vos
initiatives et toute votre vie.
P. Jacques Ollier

Commentaire de l’Évangile selon saint Jean, saint Augustin Traité 83

« La plénitude de la loi, c’est, la charité (1) ». Où est la charité, quelle chose peut manquer? Mais où la charité manque, quelle chose peut être utile? Le démon croit (2) et n’aime pas et personne ne peut aimer sans croire. Celui qui n’aime pas, peut, inutilement sans doute, espérer son pardon; mais si l’on aime, on ne peut désespérer; là où se trouve l’amour, là sont donc aussi et nécessairement la foi et l’espérance, et là où se trouve l’amour du prochain, là est aussi nécessairement l’amour de Dieu. Celui, en effet, qui n’aime pas Dieu, pourra-t-il aimer le prochain comme lui-même , puisqu’il ne s’aime pas lui-même ? Il est impie et méchant; mais celui qui aime l’iniquité, n’aime pas son âme, il la déteste (3).
Soyons donc fidèles au commandement que Dieu nous fait, de nous aimer les uns les autres; et tout ce qu’il nous a commandé en surplus, nous l’accomplirons aussi, parce que cet amour renferme tout le reste. Cet amour est différent de celui que les hommes, en tant qu’hommes, ont les uns pour les autres; et pour les faire discerner, Notre-Seigneur ajoute: « Comme je vous ai aimés ».
Et pourquoi Jésus-Christ nous aime-t-il, sinon pour nous rendre capables de régner avec lui? Il faut donc nous aimer les uns les autres en ce sens, afin que notre amour se distingue de l’amour de ceux qui ne s’aiment pas dans le même but, parce qu’ils ne s’aiment pas véritablement. Mais ceux qui s’aiment dans le dessein de posséder Dieu, s’aiment véritablement. Pour bien s’aimer, ils commencent par aimer Dieu. Cet amour ne se trouve pas dans tous les hommes ; il en est au contraire un bien petit nombre pour s’aimer dans le seul désir que Dieu soit tout en tous (4). »
1. Rom. XIII, 10. — 2. Jacques, II,19. — 3. Ps. X, 6. — 4. I Cor. XV, 28.
Commentaire de l’Évangile selon saint Jean, saint Augustin Traité 83.

La Vigne du Messie

L’on voit sur un des vitraux du cloître de Saint-Étienne-du-Mont une magni-
fique grappe de raisin avec la mention « Botrus cypri » Vous en voyez une re-
présentation en noir et blanc ci-dessous.
C’est une citation du Cantique des Cantiques : « Botrus cypri dilectus meus
mihi in vineis Engaddi » (1, 14). La traduction est de saint Jérôme conservée
dans la Nova Vulgata. Mais pour retrouver le sens du texte original, il faut re-
venir à l’hébreu. Jérôme a vocalisé K/P/R comme Chypre. C’est une erreur. Le
mot hébreu signifie en fait henné, camphre (Lawsonia alba), dont on connaît
le parfum très prononcé. Il pousse en abondance à Ein Gedi, lieu de villégia-
ture de Salomon au bord de la mer morte, où il aurait écrit le Cantique des
Cantiques. On traduira plus sûrement :« Mon bien aimé est un bouquet de
henné dans les vignes d’Ein Gedi ». Mais pourquoi comparer le bien-aimé à
un bouquet parfumé ?
Le Bien Aimé du Cantique des Cantiques, c’est le Messie, l’oint du Seigneur.
Le mot Messie en hébreu ou Christ en grec, veut dire : le Parfumé, c’est-à-
dire, celui qui est agréable à Dieu. Ce n’est pas tant l’huile, qui sert à fixer le
parfum qui compte. Mais le parfum même et sa signification. Il est le signe de
l’amabilité dans l’Ancien Testament, comme dans le Nouveau. On en voit de
nombreux exemples dans la Bible. David reçoit l’onction parfumée, Aaron, le
Grand-Prêtre, Jésus lui-même, avant sa passion, des mains d’une femme, Ma-
rie, sœur de Lazare, le remarque-t-on suffisamment. Comme Jésus reçoit
l’onction du parfum, ainsi, vous aussi, au jour de votre baptême, où, après
avoir été plongés dans les eaux du salut, vous êtes ressortis semblables au
Christ, un autre Christ, et avez reçu le signe de cette transfiguration, sur votre
tête : l’onction du saint Chrême, du parfum très saint.

Du Saint-Père François sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel

1. « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12), dit Jésus à
ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui. Le Seigneur
demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour
lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il
n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence
médiocre, édulcorée, sans consistance. En réalité, dès les
premières pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l’appel
à la sainteté. Voici comment le Seigneur le proposait à Abra-
ham : « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1).

2. Il ne faut pas s’attendre, ici, à un traité sur la sainteté, avec
de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir
cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait
faire concernant les moyens de sanctification. Mon humble objectif,
c’est de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté,
en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses
risques, ses défis et ses opportunités. En effet, le Seigneur
a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons « saints et i
immaculés en sa présence, dans l’amour » (Ep 1, 4).

L’exhortation apostolique Gaudete et Exsultate se lit aisément
Elle comporte de nombreux exemples de sainteté et de conseils
pour y parvenir. Lisez-là ! Disponible à la sortie des messes
(3,50 €).